Qui pense café pense tropiques. Qui pense vin imagine des collines de terre brune. La Grande Canarie a les deux, dans des lieux qui ne correspondent à aucune de ces images : du café dans une vallée encaissée entre les montagnes du nord-ouest, et des vignes sur la cendre d’un volcan, à peu de distance d’une ville atlantique. Ni l’un ni l’autre n’est un argument touristique. Ce sont des cultures chargées d’histoire que l’île entretient, et en partie retrouve, avec patience.
L’essentiel
- Le café de la vallée d’Agaete : arabica de la variété Typica, implanté au XIXᵉ siècle et cultivé entre environ 150 et 550 mètres d’altitude.
- Une médaille en 1889 : le bronze à l’Exposition universelle de Paris.
- IGP en cours : le dossier d’Indication géographique protégée « Café de Agaete » a été transmis à la Commission européenne en août 2026 ; ce serait la première IGP de café d’Europe, mais elle n’est pas encore accordée.
- Le vin : la DO Gran Canaria couvre toute l’île depuis 2005, date à laquelle elle a absorbé l’ancienne DO Monte Lentiscal.
- La Casa del Vino, à Santa Brígida, abrite le Conseil régulateur.
Le café de la vallée
La vallée d’Agaete descend des sommets jusqu’à la mer au nord-ouest de l’île, et son climat abrité a permis une chose rare : que le café s’y enracine et y reste. La variété est l’arabica Typica, l’une des plus anciennes, installée dans la vallée au XIXᵉ siècle. En 1889, le café d’Agaete a obtenu une médaille de bronze à l’Exposition universelle de Paris, et il est depuis toujours cultivé à petite échelle, dans des exploitations familiales.
C’est un café à la production minime, présenté comme le seul cultivé et transformé en Europe. C’est pourquoi l’île a demandé sa protection : en août 2026, le dossier d’IGP « Café de Agaete » a été envoyé à la Commission européenne. S’il est approuvé, ce sera la première IGP de café du continent. D’ici là, mieux vaut être précis : la demande est en cours.
Certaines fermes de la vallée ouvrent leurs caféières à des visites guidées, qui parcourent la plantation et se terminent par une tasse. Renseignez-vous à l’avance pour savoir lesquelles reçoivent encore des visiteurs, et à quelles heures : ce sont des exploitations familiales, pas des musées.
Le vin près de Bandama
Au sud-est de Las Palmas, la caldeira de Bandama est un cratère presque parfait entouré de sols volcaniques. Sur ses pentes et sur le Monte Lentiscal, on fait du vin depuis des siècles, et la zone a longtemps eu sa propre appellation. Depuis 2005, tout le vin de qualité de l’île relève d’une seule DO Gran Canaria, qui a intégré l’ancienne DO Monte Lentiscal.
La Casa del Vino de Gran Canaria, à Santa Brígida, est le siège du Conseil régulateur et le meilleur point de départ pour comprendre ce que l’on cultive et où. De là, plusieurs domaines viticoles de la zone accueillent des visiteurs : vérifiez au préalable lesquels sont ouverts, car ce sont de petites maisons dont les jours de visite changent.
Une précision utile : si vous parcourez Bandama, restez sur les sentiers et n’emportez ni pierres ni cendre volcanique. Bandama est un espace naturel protégé, et les prélever est interdit.
Comment organiser la journée
- Ne combinez pas les deux. Agaete est au nord-ouest et Bandama au centre-est : ce sont deux matinées différentes.
- Le café demande le matin. La lumière de la vallée et les visites se prêtent mieux aux premières heures ; ensuite, le village et la mer.
- Le vin demande un chauffeur. Si vous dégustez, réglez le retour avant : un taxi réservé ou quelqu’un qui ne boit pas.
- Données d’octobre 2026. Visites, jours et horaires changent : vérifiez toujours avant de partir.
Pour le reste du garde-manger de l’île — pommes de terre, mojo, gofio et fromage au chardon — voir manger à la Grande Canarie, et pour le fromage qui accompagne le mieux ces vins, le fromage de Flor de Guía.
Notre regard
Ce qui nous intéresse dans ces deux cultures, ce n’est pas leur rareté mais leur échelle. Un café à la production minime et un vin de pentes volcaniques ne peuvent pas grandir vite sans cesser d’être ce qu’ils sont. Une tasse dans une caféière d’Agaete, la vallée devant soi, est exactement le luxe que nous défendons : on ne peut l’acheter nulle part ailleurs.