Certains villages sont paisibles parce qu’il ne s’y est jamais rien passé. Garachico l’est pour la raison inverse : tout y est arrivé d’un coup, un matin de mai il y a trois siècles, et depuis il n’a jamais été pressé de redevenir ce qu’il était.
Le port le plus riche de l’île
Aux XVIe et XVIIe siècles, Garachico était le grand port de Tenerife. Une bonne part du commerce de l’île vers l’Europe et les Amériques partait d’ici, et le village s’est agrandi de couvents, de maisons de négociants et d’une activité qu’on peine aujourd’hui à imaginer dans ses rues.
Le 5 mai 1706, le volcan de Trevejo, appelé aussi Arenas Negras, entra en éruption sur les hauteurs. Les coulées descendirent jusqu’à la côte, ensevelirent une grande partie de la ville et, surtout, comblèrent le port. La mer recula devant la lave, et avec elle s’en alla la raison d’être du village : le commerce se déplaça vers d’autres ports de l’île, en grande partie vers Puerto de la Cruz.
Garachico n’a pas déménagé. Il s’est reconstruit sur ses propres ruines, sur la lave refroidie, avec la mer un peu plus loin qu’avant.
Ce qui a survécu
Le château de San Miguel, petite forteresse de pierre élevée à la fin du XVIe siècle face à la mer pour protéger le port des pirates, fut l’un des rares édifices à traverser l’éruption sans dommages graves. Il est toujours là, au bord de l’eau, et c’est l’image qui résume le mieux le village : un ouvrage pensé pour un danger, quand un autre est venu d’ailleurs.
La Puerta de Tierra, aujourd’hui dans un petit parc, était l’arc par lequel on entrait dans l’ancien port. La mer arrivait jusque-là avant que la coulée ne la repousse. Se tenir sous cet arc et regarder vers la côte, désormais à une certaine distance, explique 1706 mieux que n’importe quel panneau.
El Caletón : l’héritage du volcan
Face au château, la lave qui atteignit la mer se refroidit et forma El Caletón, un ensemble de piscines naturelles de roche noire qui se remplissent et se vident au rythme de la marée. L’accès est libre et, par mer calme, c’est l’une des plus belles baignades de la côte nord.
Par mer calme, insistons-y. Le nord de Tenerife reçoit la houle de l’Atlantique, et certains jours les vagues passent par-dessus les rochers. S’il y a de la houle ou si la zone est signalée comme fermée, ce n’est pas un jour de baignade : regardez d’en haut et revenez un autre jour.
D’autres piscines de lave de l’île, avec leurs précautions, dans les piscines naturelles de Tenerife.
Que faire à Garachico
Peu de chose, lentement. Parcourir le centre, entrer dans une église ou un couvent s’il est ouvert, s’asseoir sur la place, manger un morceau au bord de l’eau et rester voir le soir tomber sur l’Atlantique. Une demi-journée suffit ; une journée entière n’est pas de trop.
Le village s’apprécie mieux en dehors des heures où arrivent les excursions en groupe. Tôt le matin ou en fin d’après-midi, Garachico appartient de nouveau à ceux qui y vivent.
Comment y aller
Garachico se trouve sur la côte nord-ouest de Tenerife. Le plus pratique est la voiture, en se garant à l’entrée du village ; les bus (guaguas) de TITSA y viennent aussi, avec des horaires à vérifier sur leur site ou leur application avant de partir (données d’octobre 2026).
Pour aller plus loin
Si c’est ce nord-là qui vous attire, l’histoire de l’île avant la conquête se comprend à Candelaria, face aux neuf menceyes, et celle d’après à La Laguna, la ville sans remparts.
Notre ligne éditoriale
Les dates et les noms du volcan proviennent de guides du patrimoine et du géotourisme de l’île. Les sources divergent sur l’année exacte de construction du château : nous ne la donnons donc pas. L’état de la mer à El Caletón change d’un jour à l’autre : consultez les avis locaux avant de vous baigner.