Il existe une Minorque restée telle qu’elle était il y a un siècle : des criques où il n’y a rien à louer, rien à commander au comptoir et aucun toit en premier rang. Seulement du sable, de la roche, de la pinède ou du maquis, et une mer qui change d’humeur avec le vent. Y arriver demande de marcher, et c’est exactement la raison pour laquelle elles sont restées ainsi.
Avant la liste, un avertissement honnête que presque personne ne fait : vierge ne veut pas dire vide. Certaines de ces criques se remplissent en plein mois d’août tout comme les plus célèbres ; d’autres, à l’inverse, ne voient presque personne même en haute saison. Nous le précisons crique par crique, car promettre la solitude là où elle n’existe pas est le moyen le plus rapide de perdre votre confiance.
Ce guide traverse toute l’île — sud et nord, du sud-ouest de Ciutadella au parc naturel de Maó — avec un seul filtre, appliqué à nos fiches de chaque crique. Onze le franchissent. Pas une de plus, pas une de moins.
L’essentiel
- Le critère : crique vierge = sans buvette ni aucun service, sans maître-nageur, sans construction en premier rang et accès seulement à pied.
- Combien la remplissent : 11, selon nos fiches. Des noms célèbres comme Pregonda, Cavalleria ou Cala Mitjana restent à la porte (nous vous expliquons pourquoi).
- Où elles se trouvent : 2 au sud-ouest, 4 dans le centre-sud, 2 au nord et 3 dans le parc naturel du nord-est.
- Quand y aller : mai, juin et septembre ; en août, seulement tôt le matin.
- Quoi emporter : beaucoup d’eau, votre propre ombre, des chaussures de marche, à manger et un sac pour vos déchets. Rien ne vous attend sur place : c’est le prix à payer.
- Sécurité : sans maître-nageur, pas de drapeaux à consulter ; prudence face à la mer et mieux vaut ne pas se baigner seul.
Le critère, sans petites lignes
« Crique vierge » est de ces étiquettes tellement utilisées qu’elles ne veulent plus rien dire. Ici, nous lui redonnons son sens avec quatre conditions, toutes vérifiées dans nos fiches de lieux :
- Sans buvette ni transats, douches ou poubelles : aucun service.
- Sans maître-nageur : personne ne surveille la baignade (et cela exige aussi quelque chose de vous).
- Sans construction en premier rang : ni hôtel, ni lotissement, ni promenade.
- Accès seulement à pied : la voiture reste loin ; le chemin fait partie du prix.
C’est un filtre plus strict que d’habitude, et c’est pourquoi cette liste ne coïncide ni avec celle des plus belles criques de Minorque — un classement général où cohabitent criques vierges et urbanisées — ni avec celle des criques du nord, qui parcourt une seule côte. Ici, ce sont les quatre conditions qui commandent, quel que soit le nom : même Pregonda reste dehors.
Au sud-ouest : les voisines discrètes des célèbres
1. Cala des Talaier (Ciutadella)
Petite, cachée et abritée : sable clair, eaux calmes et un îlot face au rivage. Elle se trouve à côté des plages de Son Saura, mais demande de la marche, et ce petit péage la rend nettement moins fréquentée que sa voisine. Emportez pique-nique, eau et ombre, car il n’y a rien d’autre que le paysage. Fiche de Cala des Talaier.
2. Cala Macarelleta (Ciutadella)
La petite sœur intime de Macarella, de l’autre côté d’un isthme rocheux : turquoise intense, ambiance recueillie — en partie naturiste — et pas le moindre service. Honnêteté oblige : c’est la plus célèbre de cette liste et en plein été elle n’échappe pas à sa réputation ; on y arrive à pied depuis Macarella et en août mieux vaut y aller tôt le matin. Plus de détails dans notre guide de Macarella et Macarelleta. Fiche de Cala Macarelleta.
Dans le centre-sud : ravins, pinèdes et sable blanc
3. Cala Trebalúger (Ferreries)
L’une des plus belles criques vierges de Minorque : sable blanc, falaises calcaires, pins jusqu’au rivage et un petit torrent qui se jette d’un côté. Elle ne s’atteint qu’à pied — une marche exigeante — ou par mer, et cette exigence la maintient tranquille. Sans aucun service : prévoyez aussi le retour. Fiche de Cala Trebalúger.
4. Cala Escorxada (Es Migjorn Gran)
Ambiance du bout du monde : isolée, au sable fin et aux eaux limpides, presque toujours solitaire. C’est la récompense d’une bonne marche par le Camí de Cavalls et elle demande d’y aller totalement autosuffisant : sans services, sans ombre et avec le long chemin du retour qui attend. Pour qui cherche une vraie solitude, peu d’endroits l’égalent. Fiche de Cala Escorxada.
5. Platja de Binigaus (Es Migjorn Gran)
Une longue plage vierge, de sable doré et aux eaux peu profondes et cristallines, prolongement naturel de Sant Tomàs : on y arrive à pied depuis là-bas. Son tronçon ouest, plus reculé entre végétation et falaises, est considéré comme l’un des meilleurs de l’île pour le naturisme. Depuis le sable, vous pouvez rejoindre le barranc de Binigaus et la Cova des Coloms. Fiche de la Platja de Binigaus.
6. Cala de Llucalari (Alaior)
La crique cachée de Son Bou : une courte marche et cette petite crique apparaît, tranquille et peu fréquentée précisément parce qu’il faut la mériter à pied. Ni buvette ni rien sur la crique, donc eau et ombre vous accompagnent. Idéale pour échapper à la grande plage sans prendre la voiture. Fiche de Cala de Llucalari.
Au nord : argiles rouges et solitude
7. Cala del Pilar (Ferreries)
L’une des plages les plus sauvages et isolées de Minorque : sable doré sous des falaises d’argile rouge et pas le moindre service. La longue marche à travers pinède et maquis filtre presque tout le monde, et en été l’accès en voiture est réglementé et se fait en bus-navette. Y aller sans rien et repartir sans rien : voilà l’expérience. Fiche de Cala del Pilar.
8. Cala Mica (Es Mercadal)
La grande méconnue de la côte de tramontane : une anse de sable moyen et de galets près d’une ancienne maison de campagne — la seule trace bâtie, et d’un autre temps. C’est la récompense de qui prolonge le Camí de Cavalls au-delà de Cavalleria ou Binimel·là. Sans services : eau et ombre, toujours. Fiche de Cala Mica.
Au nord-est : le parc naturel
Les trois dernières partagent le même gardien : le parc naturel de s’Albufera des Grau, le cœur de la Réserve de Biosphère.
9. Cala Tortuga (Maó)
Sable doré sous le paysage lunaire d’ardoise noire de Favàritx, dans le parc naturel et sans la moindre buvette en vue. L’accès en voiture est restreint et en été on y arrive en bus de saison depuis Maó, plus la marche finale : ce double filtre lui garantit la sérénité. Fiche de Cala Tortuga.
10. Cala Presili (Maó)
La petite voisine de Tortuga, au pied du phare de Favàritx : une baignade vierge en plein parc naturel que presque tout le monde combine avec Tortuga lors de la même excursion à pied. La quiétude est garantie par le même contrôle des accès. Peu de cartes postales de Minorque sont aussi austères et aussi frappantes. Fiche de Cala Presili.
11. Sa Torreta (Maó)
La plus reculée de la liste et presque toujours déserte : elle se mérite après une longue étape du Camí de Cavalls depuis Es Grau, avec la tour de défense britannique qui lui donne son nom face à l’Illa d’en Colom. Réservée aux randonneurs, sans aucun service ; la marche est la garantie de solitude. Fiche de Sa Torreta.
Celles qui restent à la porte
Que le filtre soit strict se vérifie aussi par qui il laisse dehors :
- Cala Mitjana : sable clair entre des falaises et une marche confortable depuis le parking, mais depuis 2026 elle a un maître-nageur fixe en haute saison (du 1er juin au 15 septembre) : il lui manque le deuxième point du critère. Nous lui avons consacré un guide à part, sans fard.
- Cala Pregonda : sans services et à une demi-heure à pied de Binimel·là, mais selon nos données elle bénéficie d’une surveillance en saison. Il lui manque un point du critère, pas une once de beauté.
- Platja de Cavalleria et Cala en Turqueta : paysage sauvage ou turquoise de carte postale, mais toutes deux enregistrent une surveillance en saison.
- Son Saura del Sur : pinède, étendues de sable et marche, mais avec une surveillance selon nos données.
- Cala Algaiarens et Binimel·là : environnement vierge et non bâti, mais on y arrive en voiture presque jusqu’au sable : elles échouent au quatrième point.
- Cala Roja et Platja d’en Ferragut : presque toujours vides et sans rien en vue, mais nos fiches ne confirment pas encore tous les points du filtre, donc nous les citons sans les promettre.
Comment y aller (et comment les laisser telles quelles)
Partout, la même arithmétique s’impose : beaucoup d’eau, votre propre ombre, des chaussures fermées, à manger et un sac pour vos déchets. Il n’y a ni poubelle ni service de nettoyage ; ce qui entre repart avec vous. Et comme il n’y a pas de maître-nageur, il n’y a pas non plus de drapeaux : redoublez de prudence, ne vous baignez pas seul et renoncez à la baignade par mer agitée.
Le vent décide de la journée. Par forte tramontane, celles du nord et du nord-est deviennent inhospitalières et il vaut mieux se tourner vers le sud ; par temps calme, elles sont un cadeau. Notre outil « où la mer est calme » vous indique chaque matin quelle côte reste à l’abri. Et si vous voulez en enchaîner plusieurs à pied, le Camí de Cavalls est le fil qui les relie toutes.
Ces onze criques sont la moitié de l’histoire de la Minorque sereine. L’autre moitié, ce sont les plages célèbres — Macarella, Turqueta, Mitjana comprise — et l’heure exacte à laquelle elles cessent d’être bondées : c’est précisément le sujet de notre guide sur les plus belles criques de Minorque, pensé avec le même discernement et sans bruit inutile.