On dit souvent que l’UNESCO a protégé « le Roque Nublo » ou « les sommets », et c’est trop court. Ce que le Comité du patrimoine mondial a inscrit en juillet 2019, lors de sa session de Bakou, s’appelle le paysage culturel de Risco Caído et des Montagnes sacrées de Grande Canarie, et ce n’est pas une carte postale : c’est un territoire entier, habité, creusé et sacré.

L’essentiel

  • Ce que c’est : un paysage culturel, inscrit au titre des critères (iii) et (v) de l’UNESCO.
  • Sa superficie : 9 425 hectares au centre de l’île, plus 8 557 hectares de zone tampon.
  • Ce qu’il contient : des habitats troglodytes, des greniers, des citernes, des grottes de culte et deux temples, Risco Caído et le Roque Bentayga.
  • Comment le visiter : la grotte originale de Risco Caído ne se visite pas, pour sa conservation. Sa réplique se trouve au centre d’interprétation de Risco Caído, à Artenara.

Un paysage, pas un monument

Ce que l’UNESCO a reconnu, c’est une manière de vivre. Les anciens Canariens, une population d’origine nord-africaine restée isolée sur l’île pendant des siècles, jusqu’à la conquête castillane du XVe siècle, ont creusé le tuf volcanique des ravins du centre pour y faire leurs maisons, des greniers collectifs et des lieux de culte. Beaucoup de ces grottes sont restées habitées bien après, et dans les villages du sommet — Artenara en est l’exemple le plus parlant — certaines maisons troglodytes ont encore des habitants.

D’où le nom de « paysage culturel » : ce qui est protégé, c’est le lien entre les hommes et la montagne, non un édifice.

Les deux temples

Risco Caído est un ensemble de grottes creusées dans une falaise d’Artenara. L’une d’elles, la grotte 6, possède une coupole creusée percée d’une ouverture par laquelle entre la lumière du soleil et de la lune. Au fil de l’année, ce faisceau parcourt la paroi, couverte de gravures, et marque les équinoxes et le passage des saisons. On l’a donc décrite comme un observatoire astronomique aborigène : un calendrier fait de lumière, à l’intérieur de la roche.

Le Roque Bentayga, face au Roque Nublo, est l’autre grand lieu sacré : une forteresse naturelle de roche entourée de grottes et d’espaces cérémoniels, avec vue sur la caldeira de Tejeda.

Comment le visiter

Avec respect, et sans hâte. La grotte originale de Risco Caído est fermée au public pour la protéger. Depuis 2020, une réplique exacte est exposée au centre d’interprétation de Risco Caído, à Artenara, qui recrée le jeu de lumière donnant tout son sens au lieu. Les horaires et les modalités de visite changent : renseignez-vous avant d’y aller.

Le reste du paysage se comprend à pied. Les routes du sommet et les sentiers balisés traversent le territoire protégé. Si vous montez au Roque Nublo, qui fait partie des Montagnes sacrées, souvenez-vous qu’une réservation préalable est obligatoire : nous l’expliquons dans le Roque Nublo se réserve désormais.

Sur un site archéologique, on n’entre pas dans les grottes fermées, on ne touche pas aux gravures et on n’emporte rien. Cela semble évident, mais c’est la seule chose que le visiteur puisse faire pour ce lieu.

Ce qui reste à faire

Par honnêteté, il faut le dire : l’inscription n’a pas tout réglé. La presse canarienne a dénoncé l’abandon d’une partie du site et l’absence de plans de protection et de gestion à la hauteur du titre. La reconnaissance de l’UNESCO est un engagement, pas un trophée, et son respect dépend des administrations.

Pour le voyageur, la conséquence pratique est simple : le paysage n’est pas « aménagé » comme un parc à thème, ce qui, pour qui cherche l’authenticité, a son bon côté. Mais il exige davantage de soin de la part de ceux qui le visitent.

Notre regard

Risco Caído n’est pas un lieu à cocher sur une liste. C’est un lieu pour comprendre comment une culture isolée au milieu de l’Atlantique a regardé le ciel et la montagne, et a laissé son calendrier écrit dans la pierre.

Et puisque ce regard vers le ciel reste possible, le ciel du sommet prolonge naturellement cette visite. Au nord-ouest, à Gáldar, la Cueva Pintada montre à quoi ressemblait une maison des anciens Canariens. Au sud-est de l’île, un autre ravin garde la mémoire des anciens Canariens : Guayadeque, où l’on vit encore dans des grottes.

Informations d’octobre 2026, vérifiées dans la fiche du patrimoine mondial de l’UNESCO (réf. 1578), dans la presse canarienne et dans la documentation sur la réplique de Risco Caído. Les horaires du centre d’interprétation peuvent changer : renseignez-vous avant d’y aller.